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Le Temps

Quand l’ONU s’invite dans le débat européen en soutenant Tsipras

Alfred de Zayas, rapporteur spécial du Haut-Commissariat aux droits de l’homme pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, se félicite du référendum grec.

Deux experts internationaux mandatés par l’ONU ont publié un communiqué, mardi, pour saluer la tenue d’un référendum en Grèce. Alfred de Zayas, rapporteur spécial du Haut-Commissariat aux droits de l’homme pour la promotion d’un ordre international démocratique et équitable, regrette l’échec des négociations qui sont imputables, selon lui, aux nouvelles mesures d’austérité exigées par la troïka.

Le Temps: Comment se fait-il que l’ONU s’invite dans le débat européen?

Alfred de Zayas: Selon la Charte des Nations unies, l’organisation a une responsabilité universelle. Se taire dans cette crise serait une grave erreur. Nous avons le devoir de signaler les politiques économiques et financières constituant de graves obstacles à la réalisation des droits humains. Depuis trois décennies, les Etats membres du Conseil des droits de l’homme ont créé les procédures spéciales – un ensemble d’experts indépendants, de rapporteurs spéciaux et de groupes de travail – dont la fonction est la prévention, l’observation et le suivi.

– Vous soutenez l’idée du référendum grec, pourquoi?

– C’est un instrument primordial de la démocratie. Il faut éviter que des décisions ayant une telle importance soient prises par les élites contre la volonté du peuple. Alexis Tsipras a été élu précisément pour faire face aux pressions internationales et ne pas accepter des mesures d’austérité qui dans le passé ont cassé l’économie grecque avec pour résultat que 60% des jeunes sont au chômage. S’il le faisait, il trahirait la population grecque. Face à l’impasse actuelle, il était tout à fait logique de s’adresser à nouveau à son peuple.

– Ce référendum n’est-il pas tronqué du moment que les électeurs ne savent pas exactement sur quoi ils votent?

– Pas du tout. Les Grecs sont parfaitement au courant. Ils en discutent tous les jours depuis janvier.

– En quoi les mesures demandées par les Européens contreviennent-elles aux droits de l’homme?

– Le Pacte international relatif aux droits économiques et sociaux n’admet pas la rétrogression en droits. Les effets de la politique d’austérité comportent une rétrogression significative dans tous les domaines – notamment la santé, l’éducation, les conditions de travail, etc. Ni l’Union européenne, ni le FMI ne peuvent dicter la politique intérieure de la Grèce. La fonction de tout Etat est de protéger le bien social et cette obligation ne saurait être déléguée sans nier la souveraineté de cet Etat. L’équilibre entre les droits humains et les intérêts économiques devrait toujours privilégier les droits humains.

– L’austérité est-elle contraire aux droits de l’homme?

– C’est une question de priorités. S’il faut réduire les dépenses, on doit commencer par exemple avec une réduction significative des dépenses militaires.

Photo credit: Le Temps (www.letemps.ch)

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