Tribune de Genève: L’insoumis Alfred de Zayas jette son dernier pavé

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ONU Genève

Le juriste américain achève son mandat de rapporteur spécial avec un rapport controversé sur le Venezuela

https://www.tdg.ch/monde/insoumis-alfred-zayas-jette-dernier-pave/story/25869696

AFDZ

«Vous savez qu’un journal espagnol m’a traité de canaille?» Alfred de Zayas, l’expert indépendant pour la promotion d’un ordre international démocratique équitable, achève son mandat sur fond de polémique. Cet historien et avocat américain – et suisse – va bientôt fêter ses 71 ans. Après un passage par un grand cabinet new-yorkais (Cyrus Vance), Alfred de Zayas a poursuivi une carrière d’universitaire puis de fonctionnaire onusien à Genève. Un cursus qui n’est pas vraiment celui d’un révolutionnaire.

Pourtant, l’intéressé achève ce parcours professionnel bien rempli auréolé des titres de «chaviste», «castriste», «cryptocommuniste», «fasciste»… Alfred de Zayas, jamais avare de confidences sur sa brillante carrière, préfère de loin les nombreux prix et récompenses qui lui ont été décernés par des ONG ou des fondations qui défendent les droits humains. L’homme aime aussi citer les ouvrages et poèmes dont il est l’auteur.

Les rapporteurs spéciaux sont de plus en plus souvent la cible d’attaques ou d’entraves à leur travail, surtout lorsqu’ils doivent se pencher sur des pays qui n’aiment pas avoir à rendre des comptes sur leur pratique du pouvoir. Dans le cas d’Alfred de Zayas, les rôles sont inversés. S’il a été la cible de violentes attaques, c’est que son mandat a trouvé grâce aux yeux du gouvernement vénézuélien. Depuis de nombreuses années, Caracas refuse leur visa d’entrée aux rapporteurs onusiens et notamment à ceux en charge de la liberté d’expression.

«Avant même de me rendre sur place, j’ai été pris sous un tombereau d’injures. Certains ont parlé de fake investigation. D’autres ont essayé de faire pression pour me dire ce que je devais écrire», raconte Alfred de Zayas, la voix remplie de l’amertume de ne pas avoir reçu, à ce moment-là, le soutien du bureau du haut-commissaire aux droits de l’homme. Un silence révélateur d’un certain embarras. En septembre 2017, deux mois avant la visite d’Alfred de Zayas au Venezuela, le Jordanien Zeid al-Hussein a rendu un rapport au vitriol dans lequel il suggérait que le Venezuela avait sans doute commis des crimes contre l’humanité pendant les troubles qui ont agité le pays.

Indépendance, la règle d’or

Pour l’universitaire, cette absence de soutien atteste de la politisation du dossier. «Aujourd’hui, les droits de l’homme sont devenus une industrie. Le système est moins indépendant qu’autrefois. Les pays donateurs comme les États-Unis font pression pour fixer l’agenda. Ils donnent les priorités: les droits civils et politiques, le business, l’accès à la propriété…» explique-t-il, en fustigeant les thématiques à la mode comme celles des droits LGBT. Les grandes multinationales auraient déployé leurs lobbyistes dans les couloirs de l’ONU et de ses agences pour pousser une politique néolibérale. Alfred de Zayas martèle qu’il est indépendant et que ce principe d’indépendance est la règle d’or lorsqu’on est détenteur d’un mandat de rapporteur.

Pour se dédouaner du flot de critiques qui ont précédé et suivi son voyage au Venezuela, il explique y avoir intercédé en faveur de la libération de prisonniers et obtenu gain de cause. «Sur place, j’ai pu instaurer un climat de confiance qui va ouvrir la voie à la venue d’autres rapporteurs», s’avance-t-il. Ce ne sont pas les conclusions du rapport qu’il doit remettre en juin prochain qui vont convaincre ses détracteurs. L’intéressé en a éventé le contenu en affirmant que les conséquences des sanctions américaines sur l’économie du Venezuela s’apparentaient «à un crime de lèse-humanité» qui pourrait justifier la saisie de la Cour pénale internationale (CPI).

«Ces mesures ont provoqué une pénurie de nourriture et de médicaments qui a entraîné la mort d’enfants et d’adultes», explique le rapporteur, qui évoque le cas des personnes diabétiques et séropositives. «Il est temps de reconnaître l’existence d’une catégorie de crimes géopolitiques dont le seul but est de casser un État souverain, pour changer le pouvoir en place», dénonce-t-il.

S’il est indépendant, Alfred de Zayas ne nie pas avoir une lecture politique du monde. Les pays occidentaux ont choisi de l’ignorer alors que les pays du Sud et les altermondialistes exultent à chacune de ses prises de parole. Proche de Jean Ziegler, admirateur du linguiste américain Noam Chomsky, l’universitaire dit avoir conservé sa carte du Parti républicain et voté Bernie Sanders plutôt que Trump ou Clinton en 2016, tellem (TDG)

Créé: 13.05.2018, 17h51

 

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